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Des croix.  Blotties près de l’église.
L’église, blanchie de lumière. La lumière du levant.
Elle, petite, frêle, déposée pierre à pierre  au dessus des préoccupations des hommes, peut-être plus près du dieu qu’ils espéraient. Dans cet ailleurs improbable, inaccessible que les hommes imaginent plus haut qu’eux puisqu’ils ne le trouvent pas tout près. Alors qu’il n’est ni près, ni loin. Ni plus haut non plus.
Et puis cette muraille, bleue, froide, érigée vers le ciel. La prière de la terre qui elle aussi aspire au ciel. Ou que le ciel aspire. Babel éternelle aux entrailles de feu, aux visages de pierre, présences figées de toute éternité. L’éternité qu’espèrent l’église et ces corps endormis à jamais.

Le temps. Il fait beau ce jour là. Il fait froid aussi. Les arbres ont froid. L’or déposé à leur cime ne peut les réchauffer.
Le temps qui passe. Le temps qu’il fait.
Et puis l’éternité.

L’église, seule. Les tombes. Vies enfuies. Souffles rendus une dernière fois.
Dans la vallée, l’homme et son pas, lent, lourd, qui pèse sur la terre. Le petit chemin, entre les bosquets, il le connaît par le cœur. Il monterait les yeux fermés mais il ne les ferme pas ; c’est si précieux de voir.

Voir.
Voir encore. Un jour de plus. Savourer. S’emplir de souvenirs, de couleurs, d’images au cas où. Caresser du regard le plus petit brin d’herbe et la belle ancolie. Débusquer l’aigle royal au détour de son vol. Aimer également le silence feutré de l’hiver, le craquant de l’automne, au printemps le chuchotement des bourgeons, les chants de toute vie au mitan de l’été.
Goûter chaque jour en sursis, en espérant la rémission.
Et chaque jour aller voir la montagne. Enfin..l’église. Mais il ne faut pas le dire. À personne. C’est un secret entre lui et les géants de pierre qui peuplent la montagne.  Entre lui et lui. Il se sent si petit, il voit venir l’hiver, le sombre, l’obscur. Sans la germination. Les ossements blanchis seule trace de nos passages.

Il regarde là haut. Les ombres se font mauves. Les jours sont si courts désormais. Et il vient de la vallée. Les ombres se feraient fauves si la peur habitait en son cœur. Il avance. Il est sur le seuil. Il regarde le gardien devenu outremer. Immobile. Il entre alors. Un dernier rayon de lumière filtre à travers la rosace et caresse son dos.
Il entre dans le silence. Le silence entre en lui.
Il ne prie pas. Il ne sait pas les mots des prières des autres. Mais il est bien ici, à mi chemin, ni tout à fait sur terre, ni tout à fait au ciel.
Il est bien ici, dans cet entre deux au sein duquel se déroulent tous les possibles, ce suspens de l’agir, source fécondante.
La vie dans une intensité inouïe. La vie comme des bras aimants, comme un manteau de joie qui habille le cœur.
Il regarde cet autre qui le regarde aussi, le doigt pointé sur son cœur. Ça ruisselle et ça danse. Il aimerait danser. Il aimerait tenir dans ses bras une femme. Il aimerait embrasser la terre entière. Il aimerait. Il aime.

Il va passer la nuit dans la petite église et guetter cette aurore, là, ni tout à fait sur terre, ni tout à fait au ciel.

 

MC Le 10 décembre 2016
la photo m'a été prêtée par A. Autechaud que je remercie.
Sa page facebook: https://www.facebook.com/alainautechaud64/?fref=ts