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C’est comme une douleur, une douleur profonde, sourde, de celles qui vous coupent le souffle.  Une blessure dans l’intime de soi que l’on ne parvient pas à dire.

Je suis là, au chaud et les pins d’Alep n’en peuvent plus de tendre leurs bras au ciel.
Les pins d’Alep ne respirent plus. La poussière du béton explosé a recouvert leur écorce et leurs veines puisent le sang noirci aux entrailles de la terre.
Je suis là, dans le silence de décembre et quelque part, tout près de moi, des enfants hurlent sous les bombes, les femmes se déchirent devant les tombes.
Je suis là, et j’attends mes vacances. Mes vacances. Quel scandale.
Je suis là, le ventre au chaud, j’ai des copies à corriger, c’est ma seule préoccupation de la journée.
Je suis là. Nous sommes tous là. Eux ils sont las. Là-bas.

Et pourtant j’aime la vie. Passionnément.
Et pourtant ils aimaient la vie. Passionnément. Cette vie qui chantait au détour des ruelles, odeur de menthe fraîche, de coriandre froissée.

Je porte en moi une douleur, une douleur profonde, je ne peux la nommer tant elle est sombre et noire.
Les pins d’Alep pleurent et tous les arbres de la terre le savent, et se désolent aussi.
Suis-je seule à errer, avec cette douleur que je ne peux nommer ? Tant elle est monstrueuse, tant elle est au-delà de ce que l’humain peut imaginer.
Mais ces corps déchiquetés, ce sang encore versé, ces larmes et ces cris, pourquoi, pour qui ?

Dites moi ce que je dois faire pour que tout ceci cesse, pour que la joie revienne aux pieds des pins d’Alep…

 

MC 14 décembre 2016