32727627_10216038095447767_5889799978557112320_n

L’icône, lieu de silence

Devant le dessin d’une future icône: Saint Joseph et le Christ sur les bras, je suis frappée par le Silence. Silence du Père qui passe par l’Ange pour demander son « oui » à Marie. Silence de Joseph, le père terrestre, l’époux de Marie.
Beaucoup de choses ont été écrites sur la vie de Joseph, des hypothèses ont été formulées; je laisse de côté ces conjectures, ces tentatives de reconstituer une histoire. Même si les icônes véhiculent une théologie, elles sont aussi là pour nous creuser ainsi que je l’écrivais précédemment.

De Joseph, on est certain qu’il était charpentier. Le charpentier est celui qui bâtit le toit des maisons et à l’époque les charpentes étaient faites de bois.
Prendre les troncs, les raboter - à la main- je veux dire sans la fée électricité pour faire vrombir une raboteuse ou une dégauchisseuse, les hisser au sommet de la maison et les installer selon les plans élaborés avec précision: un travail âpre, lent, patient d’un artisan maître de son savoir-faire.
Un taiseux, Joseph, un que l’on voit représenté sur certaines icônes de la Nativité, en face d’un petit personnage de profil; la tradition orthodoxe appelle cela « le doute de Joseph », le petit personnage étant le Malin qui vient tenter Joseph.
Et Joseph ne se laisse pas tenter. Il reste avec Marie, il élève le Christ.
Une vie au service, sans grands éclats de voix, sans hauts faits. Une vie humble et douce.


Paradoxe que ce Fils engendré du Silence éternel, de toute éternité, et d’instant en instant, que ce fils, protégé par un père terrestre silencieux et qui se révèle être le Verbe de Dieu, ainsi que le dit Saint Jean dans le prologue de son Evangile
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement en Dieu.

Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, (et nous avons vu sa gloire, gloire comme celle qu’un fils unique tient de son Père) tout plein de grâce et de vérité.

Dieu, personne ne le vit jamais : le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. »
Le Verbe né du Silence.


Contempler l’icône de Joseph, c’est se placer en face du Silence dans une invitation à laisser s’installer son propre silence intérieur. Et descendre en lui, profondément, en quittant ses conceptions, ses connaissances, son savoir sur Joseph. Et au sein de ce silence, partager le silence de Joseph pour accueillir l’enfant, afin de repartir dans le monde ensemencé par ce silence fécond. De telle sorte que nos paroles deviennent icônes du Verbe, qu’à travers elles résonne l’amour, et la justesse.

MC 17 mai 2018 À suivre...