madeleine

Qu'est-ce qu'un pli?
Un pli est formé d'un bombé et de deux creux autour. C'est l'inverse d'une ride et pourtant on dit des rides qu'elles plissent la peau.
Le pli est le lieu où la lumière « cogne » disait mon professeur; ainsi le centre du pli est le lieu qui accueille le plus de lumière et de part et d'autre, ce sont les lieux qui reçoivent moins de lumière.

Dans le vocabulaire de l'iconographe, on ne parle pas d'ombre, on parle de zones non encore totalement éclairées.
Pourtant ces lieux, non encore éclairés, existent et d'une certaine manière s'ils n'existaient pas, la forme n'existerait pas non plus. Imaginez une surface entière totalement lumineuse; ce serait comme un soleil. Une source lumineuse totalement remplie.

Lorsque l'on peint un pli sur une icône, on part de la surface colorée sombre, par exemple un vert bouteille, et progressivement on ajoute du blanc ou de l'ocre pour éclaircir le vert et on diminue la surface colorée, faisant ainsi apparaître la forme du vêtement.
Et derrière la forme du vêtement, la forme du corps qu'il vêt.
Ceci jusqu'aux dernières lumières qui sont l'acmé de la lumière sur le vêtement.
Mais il a fallu partir du sombre, du non encore éclairé pour que peu à peu la forme sorte du néant. Ainsi, pour nos êtres: l'information de nos terres sombres par la lumière, révèle qui nous sommes, nous met en lumière, nous trans-forme.

L'icône de la Transfiguration pourrait n'être qu'or posé sur la planche: les traits  du Christ transfiguré, de Saint Séraphin de Sarov devant Motovilov ne pouvaient être distingués tant la lumière qui irradiait d'eux était intense. Ainsi on le constate sur les icônes de la Transfiguration, l'un des disciples se voile la face, tel Moïse sur le Sinaï.
C'est le projet pour l'homme, pour l'humanité: que tout soit mis en lumière, le corps entrant dans une autre dimension de la matière; comme une Matière Lumière, ni matière au sens où nous la comprenons aujourd'hui, ni Lumière au sens où nous l'entendons aujourd'hui - c'est à dire une dimension immatérielle de la réalité. Encore faut-il se tourner vers la lumière, être aimanté par elle.
Quel que soit le nom qu'on lui donne. Et j'irai jusqu'à dire que cela vaut pour les athées: car, quel homme se contenterait de ne pas progresser, de ne pas se bonifier comme le bon vin? Un homme/ une femme qui aurait oublié ce prodigieux élan de l'enfant qu'il fut et dont la curiosité, l'appétit de vivre, la capacité d'émerveillement le poussait à grandir. Si la croissance physique s'arrête un jour, la croissance intérieure, elle, n'a pas de limites.

C'est ce qu'ont entrevu des peintres abstraits comme Malévitch ou Nicolas de Staël dans des intuitions métaphysiques puissantes qui éclairent la compréhension de leurs oeuvres. Se dépouiller des formes pour aller vers la lumière. Éblouis et brûlés d'avoir entrevu la lumière ils ont tenté d'en capter la trace par des tableaux épurés où la forme n'est plus que prétexte à laisser vivre la couleur, donc la lumière. Lumière et couleur étant indissociables.

Sauf que c'est par un cheminement que le passage se fait et qu'aucun pas de ce cheminement ne peut être évité: lorsque l'il peint des plis sur le vêtement d'un personnage, l'iconographe est enseigné sur cette nécessité.

Laissons nous ensemencer par ces montées en lumière et comprenons que ce que nous posons sur la planche de tilleul, nous le posons, trait de pinceau après trait de pinceau, à l'intérieur de nous.

MC 26 avril 2018 à suivre...