migrants

Nathan, l’éditeur pour qui travaillent un certain nombre de mes collègues, dont j’espère qu’ils cesseront à jamais de mêler leurs noms au sien, vient de sortir un livre de maths à destination de classes de terminales ES et S dont l’un des exercices vise à déterminer la suite géométrique associée aux nombres de migrants arrivés dans une île de la Méditerranée pour in fine, trouver le nombre total de migrants en fin de période – la précision d’arrondir à l’unité étant donnée à la dernière question.

Comment oser imaginer se servir de la détresse humaine de ces personnes pour en faire un problème de mathématique ?
Comment un enseignant – parce que ce sont des enseignants qui écrivent le contenu des livres de cours- comment un enseignant a-t-il pu débrancher à ce point son cœur de son cerveau pour imaginer pareille mise en situation ?
Comment un inspecteur pédagogique- parce que ce sont des inspecteurs pédagogiques qui chapeautent les collections- a-t-il pu laisser éditer pareille abjection ?
Comment un directeur-une directrice de collection a-t-il.elle pu laisser passer cette monstruosité ?
Dans toute cette chaîne d’intervenants, pas un pour dire « attendez, mais que fait-on là, ce n’est pas tolérable, ce n’est pas supportable ». Pas un. Puisque le livre est édité et publié et donc sera acheté, utilisé dans le cadre de cours.

Mais quelle honte ! Je regrette de partir en retraite parce que jamais plus je n’aurais prescrit l’achat d’un seul livre de chez Nathan.

Quel signal ce genre de problème envoie-t-il dans l’esprit de jeunes lycéens ?
Nous ne sommes, ici, pas loin de la banalité du mal, pour reprendre les mots de Hannah Arendt. Des êtres quittent leur pays, non, le fuient, parce que le risque de mourir au cours d’une traversée est moins grand que la certitude de mourir sur place ou d’y vivre dans des conditions insupportables. Des êtres quittent tout, la guerre civile, les tortures, les viols, les meurtres, le manque d’eau, de nourriture, d’espoir pour se donner une chance à eux et à leurs enfants de vivre mieux dans nos pays.
Et dans nos pays, leur situation est mise en équation dans le cadre d’un problème portant sur les suites géométriques. Mais c’est ignoble, scandaleux, indigne.

C’est de la manipulation de consciences et une insulte faite à l’humain.

Encre Mauve 15 septembre 2017