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Saisie par une phrase au détour d’une lecture.
Saisie. De ces saisissements qui, dans l’instant, suspendent toute pensée, tant la gravité de la prise de conscience court circuite le raisonnement, envahit l’intellect, débranche le fonctionnement mental. De ces saisissements qui sont sidération.
Sidération, ce mot rempli d’étoiles, piquetées sur le silence bleu nuit d’une pensée enfuie.
Une phrase que j’ai déjà oubliée dans sa formulation exacte : je ne parviens jamais à mémoriser la forme, je ne retiens que l’esprit des textes. Le contenu de la coquille. La chaleur du jaune plus que la froideur du calcaire.
Oui, les mots se sont envolés.
Leur esprit disait : Dieu c’est chacun d’entre nous.

J’ai retrouvé la phrase, je sais où elle m’a sauté au cœur ; elle est extraite des Dialogues avec l’ange.
Elle dit :

« Le corps n’est pas cadavre,
le Corps n’est pas matière.
Le Corps est grain qui lève
et ressuscite par LUI.
Le CORPS EST PROJET ET NON ORGANE.
LE CORPS, C’EST LUI-MÊME. »

Le corps, c’est LUI-même.
Mon corps que je rudoie, que je néglige, que je nourris de tant de nourritures malsaines,  aliments, boissons, lectures, films, vidéos, pensées, émotions. Mon corps, c’est LUI ?
Nous sommes bien loin de l’image d’un Dieu vengeur, d’une figure d’autorité froide et implacable, d’une instance extérieure que nous devrions contenter sous peine d’être puni.
Nous sommes également loin d’un Dieu qui nous aimerait et qui se lamenterait sur nos « péchés » et qui donnerait sa vie pour les racheter.  Car ce Dieu là, même si les chrétiens disent qu’il s’est fait homme est encore extérieur à nous.
Et puis, en fait, le péché n’existe pas, en tant qu’indicateur de ce qui serait bien et de ce qui serait mal.  Il a été confortable de tenir des foules entières, peut-être immatures, avec cette idée qu’il y aurait un bien et un mal. Afin d’obtenir l’obéissance et la culpabilité en cas de désobéissance. Une infantilisation redoutablement efficace qui dure depuis la naissance de la religion monothéiste et ses fameux commandements.

C’est tellement plus simple, si simple que l’on peut passer une vie sans se le dire que « le corps, c’est LUI-même » ; ainsi vivent les athées, parfois plus justes dans leurs comportements que certains fidèles qui fréquentent assidûment églises, temples, synagogues et mosquées.

Le corps, c’est LUI-même. Plus de séparation. Ni entre moi et LUI. Ni entre moi et les autres.
Quelle nouvelle !
L’autre est moi aussi, décliné autrement, dans une version unique et jamais reproductible.
Que de peurs à lâcher, que de détestations à abandonner, que de croyances à remiser au placard.

Mais derrière tous ces abandons, ces renoncements (il est des haines auxquelles parfois on tient plus qu’à ses propres enfants…) se profilent une joie, une légèreté qui ont le parfum de la toute petite enfance, de l’émerveillement devant le papillon fugace, la libellule irisée, le ciel ennuagé, l’arc en ciel en goutte de rosée, la mousse sous les pieds, instant après instant.
Je n’en finis pas de goûter cette phrase, de la laisser résonner en moi, à la manière de ces vocalises de Vivaldi, si bien servis par la voix de Cecilia Bartoli, https://www.youtube.com/watch?v=s78feoulQMw&list=PLBA89709E7B1C7E49&index=10
et l’écho de l’écho descend dans mes ombres et peu à peu les élève, les transforme.
Peu à peu. Patience. Les vieilles habitudes, les vieilles croyances, les vieilles peurs ont la vie dure. 

Enfin, pour tous ceux que ce LUI indispose, et je peux le comprendre, car à voir comment Il a été défiguré par toutes les institutions religieuses, leurs représentants (pas tous), leurs fidèles (pas tous), cela peut donner l’envie de fuir et de rejeter avec violence. Avec une violence à la hauteur de la violence subie.
Pour tous ceux là, je suggère de remplacer LUI par la Vie.
Le corps, c’est la Vie.  Ma vie sert la Vie ? Alors je suis précieux, important, car ma vie est unique ; j’ai donc quelque chose d’unique à apporter à la Vie.
Et si d’aventure, je ne le faisais pas, ce ne serait pas grave ! la Vie a tout son temps, la Vie est patiente, déterminée et se rit de nos atermoiements, de nos peurs, de nos lâchetés.
C’est nous qui nous jugeons en permanence ; pas elle. Jamais.
Jamais.

 

MC Le 16 avril 2017